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[Section III : Les stratégies régionales] PDF version

  1. Introduction aux stratégies régionales
  2. Afrique
  3. Amériques
  4. Asie-Pacifique
  5. Moyen-Orient et Eurasie

Section III : Les stratégies régionales

Amériques

Introduction to Malaria in the Region

Il y a 22 pays impaludés dans les Amériques, situés en Amérique centrale, autour de la forêt amazonienne, dans les Caraïbes et au sud de l'Amérique du Sud.

Forêt amazonienne (9) : Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela

Amérique centrale (8) : Belize, Costa Rica, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama et Mexique

Caraïbes (3) : Haïti, République dominicaine et Jamaïque

Sud de l'Amérique du Sud (2) : Argentine et Paraguay

Population at risk. Environ 137 millions de personnes vivent dans des zones à risque de paludisme dans les Amériques, ce qui représente environ 4% de la population mondiale à risque.[37]Rapport mondial sur le paludisme 2008, Organisation mondiale pour la Santé, 2008.

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Transmission du paludisme. Environ 77 millions de personnes à risque vivent dans des zones de faible transmission, le reste dans des zones où les cas dépassent 1 pour 1 000 habitants. P. vivax est la principale cause de paludisme, représentant 75% de tous les cas. Dans le bouclier guyanais (Guyane française, Guyana et Suriname), 40 à 60% des cas sont dus à P. falciparum. Au Mexique et en Amérique centrale, P. vivax représente 94% des cas. En République dominicaine et Haïti, près de 100% des cas sont dus à P. falciparum.

Fardeau du paludisme. Les Amériques ont connu environ 4 millions de cas de paludisme en 2002 (environ 1% de l'incidence mondiale) et environ 1 000 décès dus au paludisme (soit moins de 0,1% des décès mondiaux).[38]Breman JG et al. Conquering Malaria. In: Jamison DT, Breman JG and al, eds. Disease Control Priorities in Developing Countries Conquering Malaria. Oxford University Press et la Banque mondiale; 2006. p 415.

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Au cours de la période de 2000 à 2006, l'OMS-OPS (Organisation panaméricaine de la Santé) estime que la mortalité palustre a baissé de 20%.[39]Sur la base des décès dans la région. Voir la page web de l'OMS-OPS.

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Les pays du bassin amazonien supportent l'essentiel du fardeau avec environ 40% des décès dans les Amériques se produisant au Brésil seul (Cf. Figure III.7).

Figure III.7 : Cas de paludisme et décès dans les Amériques

Cas de paludisme et décès dans les Amériques

Note : les pays dont le fardeau est négligeable ne sont pas représentés (Argentine, Guyane française, Jamaïque, Paraguay, Mexique)
Source : Rapport mondial sur le paludisme 2008. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2008

Approches adaptées et niveaux de couverture actuels

Les pays impaludés dans les Amériques varient considérablement en termes de taille de population, population à risque, exposition, impact de la géographie sur la transmission (telles que les îles et rivières) et succès des programmes de lutte jusqu'à présent. Dans un même pays, certaines régions peuvent être exemptes de paludisme, tandis que d'autres peuvent être en phase de contrôle ou d'élimination, ce qui nécessite de gros efforts de stratification et des approches ciblées. Dans ce chapitre, les pays seront classés en phase de contrôle, sauf si un programme d'élimination est mené à l'échelle nationale.

Selon l'OMS, le Mexique est en phase de pré-élimination tandis que l'Argentine, le Salvador et le Paraguay sont en phase d'élimination. La Jamaïque est en phase de prévention de la réintroduction. Les 17 pays de la région restants sont actuellement en phase de contrôle et ont besoin d'intensifier les interventions préventives et de prise en charge des cas pour toutes les populations à risque et de maintenir ce niveau de contrôle. Certains pays, comme l'Équateur ou le Nicaragua, bénéficient de programmes de contrôle robustes. Ces pays ont besoin de maintenir le déploiement des interventions et d'intensifier d'autres interventions pour lesquelles la couverture n'est pas universelle. La Figure III.8 présente la catégorisation des pays dans la région.

Les 17 pays actuellement en phase de contrôle du paludisme utilisent la gestion intégrée des vecteurs, avec une combinaison de MILD, PID ciblées et larvicides ainsi que la prise en charge des cas avec des diagnostics et traitements appropriés et administrés en temps voulu. Le TPIp n'est pas recommandé pour les femmes enceintes dans cette région.

Les quatre pays en pré-élimination ou élimination (Mexique, Argentine, Salvador et Paraguay) comptent essentiellement sur le dépistage actif des cas et sur la gestion des foyers actifs.

Figure III.8 : Catégorisation des pays dans les Amériques

Catégorisation des pays dans les Amériques

Source : Rapport mondial sur le paludisme 2008. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2008.

Approches du contrôle et de l'élimination du paludisme adaptées au contexte local. Le choix d'outils adaptés pour le contrôle le paludisme demande une compréhension approfondie de l'épidémiologie, de la géographie et des conditions socioéconomiques locales. Dans les Amériques, les caractéristiques uniques de la région font qu'il existe de nombreuses zones de faible transmission, une forte proportion de cas dus à P. vivax et un certain nombre de pays déjà en phase d'élimination. Un résumé des interventions adaptées contre le paludisme compte-tenu de ces paramètres est présenté ci-dessous. Cf. Encadré III.1 pour des exemples de programmes de contrôle dans la région.

Zones de faible transmission. Dans plusieurs pays des Amériques, les niveaux de transmission sont modérés ou faibles. Dans les endroits où la transmission est saisonnière ou localisée à certaines zones, le choix de cibler la lutte antivectorielle par des mesures telles que la PID ou d'autres méthodes de réduction de la population des vecteurs (gestion de l'environnement, traitement larvicide, etc.) peut être très judicieux. La proportion des fièvres due au paludisme étant faible, le recours aux diagnostics parasitologiques est capital. Une forte capacité à rapidement détecter et répondre aux épidémies est nécessaire, d'autant qu'il y a peu de prémunition pour protéger les populations à risque de développer des symptômes de paludisme sévère.

Zones à P. vivax dominant ou infections mixtes. Le paludisme dans les Amériques est dominé par la transmission de P. vivax, ce qui demande des outils adaptés. Le diagnostic parasitologique (à l'aide de la microscopie ou si cela n'est pas possible, à l'aide de TDR) est capital dans des zones où P. vivax et P. falciparum sont présents. Pour traiter à la fois les stades sanguin et hépatique de P. vivax, la chloroquine, en association avec une cure de 14 jours de la primaquine, est indiquée dans les endroits où il n'y a pas de preuves de résistance à la chloroquine[40]Directives pour le traitement du paludisme. Genève, Organisation mondiale pour la Santé, 2006.

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; néanmoins l'adhérence au traitement de 14 jours est parfois médiocre. Les interventions de lutte contre les vecteurs ne dépendent pas du type de parasite mais la transmission de P. vivax est souvent associée à des niveaux de transmission plus bas, pour lesquels la PID peut être appropriée. L'usage de moustiquaires devrait également être encouragé, à la fois comme outil de protection individuelle et comme outil de protection collective.

Pays en phase d'élimination. Les approches proposées pour les 5 pays en phase de pré-élimination et élimination (Mexique, Argentine, Salvador, Paraguay et Jamaïque) sont détaillées dans la Section II - Chapitre 3 : Elimination et éradication : atteindre la transmission zéro. Ces approches se concentrent principalement sur le recours à une lutte antivectorielle ciblée (comme la PID), contre des foyers résiduels, ainsi que sur la détection active des cas afin de rechercher et traiter les cas restants. Ces pays ont principalement une transmission de P. vivax. Les méthodes de ciblage des réservoirs asymptomatiques sont également une priorité importante.

Couverture actuelle des interventions. De nombreuses interventions ont été utilisées dans la région avec des degrés de succès divers. Ces interventions sont décrites ci-dessous.

MILD/MII. Douze pays sont en train de mettre en place des MILD dans le cadre de leur stratégie de contrôle du paludisme mais seulement 6 d'entre eux[41]Bolivie, Guyana, Haïti, Honduras, Nicaragua, Suriname. ciblent l'ensemble de la population à risque. Les estimations basées sur les données du Rapport mondial de l'OMS sur le paludisme 2008 montrent qu'environ 585 000 MILD/MII étaient en circulation en 2006.[42]GMAP, estimations basées sur les données du Rapport mondial de l'OMS sur le paludisme 2008 et de la base de données RBM, 2008. Cf. Annexe 3 : Hypothèses utilisées pour estimer le fardeau, la couverture et les financements actuels pour plus d'informations.

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PID. Tous les pays de la région utilisent la PID dans les zones ciblées mais l'ampleur de l'utilisation est faible en raison du coût élevé des insecticides. Les pays de la région utilisaient du DDT des années 1960 aux années 1980 mais ils essaient maintenant d'autres insecticides tels que les pyréthrinoïdes. Aujourd'hui, aucun des pays de la région n'utilise de DDT. En 2006, environ 268 000 foyers (soit environ 1,3 million de personnes) ont été couverts par la PID.[43]GMAP, estimations basées sur les données du Rapport mondial de l'OMS sur le paludisme 2008. Cf. Annexe 3 : Hypothèses utilisées pour estimer le fardeau, la couverture et les financements actuels pour plus d'informations.

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Autres mesures de lutte antivectorielle. D'autres mesures de lutte antivectorielle ont été utilisées dans plusieurs pays, par exemple la gestion de l'environnement, les poissons larvivores ou les protections anti-moustiques d'intérieur. Plus spécifiquement, un programme régional[44]Programme d'action régional et présentation de solutions alternatives au DDT pour la lutte contre les vecteurs au Mexique et en Amérique centrale (DDT-FEM).

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au Mexique et en Amérique centrale coordonne le développement d'alternative au DDT pour la lutte antivectorielle avec une participation communautaire accrue dans la réduction des gîtes larvaires.

Diagnostics (microscopie et TDR). La microscopie est la méthode la plus largement utilisée dans la région pour la confirmation parasitologique (environ 7 millions de diagnostics par microscopie ont été réalisés en 2006)[45]GMAP estimations basées sur les données du Rapport mondial de l'OMS sur le paludisme 2008. Cf. Annexe 3 : Hypothèses utilisées pour estimer le fardeau, la couverture et les financements actuels pour plus d'informations.

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. Des tests de diagnostic rapide (TDR) sont disponibles mais il y a peu de données à ce jour concernant leur emploi.

Traitement antipaludique. La chloroquine (CQ) et la primaquine (PQ) sont utilisées comme traitements de première ligne contre P. vivax dans tous les pays de la région. Etant donné les niveaux élevés de résistance de P. falciparum à la CQ et à la SP dans la région amazonienne, les ACT sont désormais le traitement de première ligne contre P. falciparum dans tous les pays du bassin amazonien en dehors de la Guyane française. Il n'y a pas de preuve de résistance de P. falciparum à la CQ en Haïti ou République dominicaine, de ce fait, la CQ y est toujours le traitement de première ligne. Le Mexique et l'Amérique centrale continuent d'utiliser la CQ en raison des très faibles niveaux de résistance de P. falciparum rapportés. Environ 1,1 million de traitements, à la fois pour P. falciparum et P. vivax ont été délivrés en 2006..[46]GMAP estimations basées sur les données du Rapport mondial de l'OMS sur le paludisme 2008. Cf. Annexe 3 : Hypothèses utilisées pour estimer le fardeau, la couverture et les financements actuels pour plus d'informations.

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Encadré III.1 : Exemples de programmes de contrôle

Approche régionale recommandée pour contrôler et éliminer le paludisme

Les objectifs, approches et priorités doivent être conçus en fonction de la région.

Objectifs. Les Amériques ont connu quelques succès avec leurs programmes de contrôle : l'incidence a diminué de 20% entre 2000 et 2006 tandis que la mortalité a diminué de 70% sur la même période.[48]Cas annuels de paludisme et décès dans les Amériques, 1998-2006. Organisation mondiale de la Santé, OPS-OMS, Novembre 2007. Ces estimations sont basées sur les cas rapportés.

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Toutefois, il existe des possibilités de réduire encore davantage le fardeau.

Pour atteindre une couverture universelle avec des interventions appropriées d'ici à 2010 dans les Amériques (Cf. Figure III.9) :

Les Amériques contribuent peu aux cas et décès mondiaux et comprennent un certain nombre de pays en phases avancées de contrôle du paludisme. Bien que les objectifs du Partenariat RBM pour 2010 et 2015 ne soient sans doute pas parfaitement adaptés à la situation des Amériques, ils sont toujours considérés comme les objectifs principaux. En outre, avec un pays en phase de pré-élimination et trois pays en phase d'élimination, les Amériques contribueront substantiellement aux objectifs d'élimination du Partenariat RBM.

Comme indiqué dans la Section II : La Stratégie mondiale, la réalisation des objectifs s'effectue par le biais de la couverture universelle avec des interventions appropriées de contrôle du paludisme pour l'ensemble des populations à risque dans les pays en phase de contrôle, tandis que des programmes d'élimination sont menés dans les pays où cela est possible.

Figure III.9 : Intensification des interventions de 2006 à 2010 dans les Amériques

Intensification des interventions de 2006 à 2010 dans les Amériques

1) En raison d'une durée de vie de 3 ans, un tiers des moustiquaires doit être remplacé chaque année.
2) L'utilisation réelle n'est probablement pas toujours dirigée contre des cas confirmés de paludisme.
Source : Besoins basés sur le GAMP costing model ; Réel basé sur l'analyse du Rapport mondial sur le paludisme 2008. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2008 et la base de données Roll Back Malaria.

Approches des grands défis dans la région. Les défis auxquels sont confrontés les pays dans leurs efforts de lutte antipaludique sont variés. Toutefois, on retrouve certaines tendances communes propres au paludisme dans les Amériques.

Améliorer l'accès des populations isolées aux services de santé. Il existe un certain nombre de populations ayant un accès limité aux services de santé dans les Amériques. Les populations vivant dans des zones reculées du bassin amazonien ont un accès limité aux services de santé, en particulier à un diagnostic fiable et à un traitement antipaludique. Les coûts des voyages pour accéder aux services de santé sont généralement prohibitifs pour ces populations. L'accès est également limité pour les populations minières dans des pays tels que le Brésil, la Guyane française, le Guyana et le Suriname, ainsi que dans de nombreuses régions d'Haïti et de la République dominicaine. La façon la plus efficace et rentable d'atteindre ces populations est d'intégrer la lutte antipaludique à d'autres services de santé. Par exemple, les interventions contre le paludisme peut être efficacement délivrée dans le cadre de la Prise en charge intégrée des maladies de l'enfant (PCIME) ou du Programme élargi de vaccination (PEV). La plupart des pays de la région délivrent gratuitement les moustiquaires et médicaments antipaludiques, y compris des ACT. En outre, le développement de réseaux d'agents de santé communautaire pour fournir les interventions ainsi que des formations de soins de santé au niveau de la communauté peuvent jouer un rôle important dans la réalisation de la couverture universelle. Le Brésil, par exemple, travaille à l'amélioration de l'accès, à travers le déploiement d'environ 40 000 agents de santé communautaire.

Améliorer l'adhérence au traitement et le bon usage des interventions. Le mauvais usage des traitements et interventions préventives (telles que les MILD) constitue un obstacle au contrôle. L'une des multiples causes réside dans le fait que les instructions ne sont pas données dans les langues locales ou que la population est analphabète. Pour améliorer l'adhérence, le recours à des outils visuels ou à des messages adaptés à la culture locale est nécessaire pour la communication et le changement de comportement. Utiliser des agents de santé communautaire, comme le fait le Brésil, peut faciliter l'éducation sur le bon usage des interventions.

Surveiller la résistance aux médicaments et insecticides. La résistance aux médicaments est une préoccupation dans la région amazonienne où P. falciparum est très résistant à la chloroquine (CQ) et à la sulfadoxine-pyriméthamine (SP). La chloroquine reste globalement efficace contre P. vivax dans les Amériques, même si une certaine résistance a été signalée au Brésil, en Colombie, au Guatemala, Guyana et Pérou.[49]Rapport mondial sur le paludisme 2005. Genève, Organisation mondiale de la santé, 2005.

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Tous les pays ont changé leurs politiques en faisant des ACT le traitement de première ligne de P. falciparum. Dans le cadre de l'Initiative amazonienne pour le paludisme, appuyée par l'USAID, un réseau de surveillance de résistance aux médicaments a été mis en place dans 8 pays du bassin amazonien.[50]Réseau de l'Amazone pour la surveillance de la résistance aux médicaments antipaludiques/ Initiative amazonienne pour le paludisme (RAVREDA/AMI).

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La résistance aux insecticides (notamment au DDT) est également une préoccupation majeure dans la région, en particulier depuis que les insecticides sont utilisés dans l'agriculture. Aujourd'hui, tous les pays sont passés du DDT aux pyréthrinoïdes. En outre, plusieurs pays tentent de développer des alternatives au DDT dans la lutte antivectorielle (p. ex. gestion de l'environnement ou réduction des gîtes larvaires). Les pays doivent s'assurer qu'une surveillance suffisante est en place, de manière à détecter le plus rapidement possible une résistance potentielle aux médicaments ou insecticides et repenser les stratégies de contrôle en conséquence.

Renforcer les capacités de gestion. Lors d'un revirement important au cours de la dernière décennie, les pays des Amériques ont délaissé les programmes verticaux (tels que les programmes des PID) au profit de programmes de lutte antipaludique plus décentralisés. Des programmes décentralisés efficaces peuvent souvent être mieux adaptés aux situations locales (p. ex. des augmentations d'incidences en raison d'épidémies, l'adaptation de la communication et de l'éducation aux besoins locaux, etc.). Malheureusement, cette évolution n'a pas été accompagnée d'une augmentation des capacités de gestion au niveau local. Afin de lancer des programmes de lutte décentralisés adaptés au contexte local, un personnel qualifié est nécessaire. La formation peut jouer un rôle capital dans le développement de compétences essentielles telles que la gestion de programmes et le financement. Parallèlement à la formation, on trouve l'autonomisation des responsables de programme grâce à l'apport d'informations, de connaissances et à l'attribution de pouvoirs de décision. Tout ceci forme les points clés de l'efficacité de la décentralisation qui a été mise en place au Brésil. Pour la mise en œuvre efficace de programmes similaires, les pays et districts doivent se concentrer sur les formations de développement des compétences conjuguées à une augmentation de la responsabilité, de l'autorité et de l'information donnée aux responsables locaux.

Favoriser la coordination entre les pays. D'importants échanges d'informations et diverses formes innovantes de partenariats sont en vigueur entre et parmi les pays de la région. Toutefois, le renforcement de ces relations devient d'autant plus crucial à mesure que ces pays progressent vers l'élimination du paludisme. La solidité actuelle des réseaux sous-régionaux en Amazonie, au Mexique et en Amérique centrale doit être maintenue et doit évoluer intrinsèquement selon les questions nouvelles/ré-émergentes qui se posent à eux. La coordination bi- et multilatérale entre les pays qui partagent des frontières communes avec les zones impaludées (p. ex. le Brésil, la Guyane française et le Suriname) doit être encouragée.

Développer la recherche. Davantage de recherches opérationnelles doivent être menées afin de valider la pertinence des outils pour différents contextes ainsi que les stratégies et politiques des pays. De plus, le développement d'interventions efficaces adaptées aux vecteurs piquant à l'extérieur serait très bénéfique pour les pays des Amériques où beaucoup de ces moustiques existent.

Renforcer les systèmes de S&E et d'information. Les systèmes de S&E et d'information sont cruciaux pour assurer le succès des programmes de lutte antipaludique et deviennent encore plus importants au fur et à mesure que les programmes nationaux évoluent du contrôle durable vers l'élimination. De nombreux pays dans les Amériques ont mis en place un système mais la qualité et la pertinence des données recueillies doivent être améliorées. Les pays pourraient bénéficier de directives et instructions : une solution consisterait pour les pays à collaborer étroitement avec l'OMS-OPS et le MERG afin d'optimiser les programmes de S&E.

Priorités stratégiques. En raison du fardeau relativement modérée ou faible dans les pays de cette région, aucun des pays supportant les fardeaux les plus lourds et comptabilisant la plupart des décès dus au paludisme, n'est situé dans les Amériques.

Dans la région, le fardeau est très concentré dans huit pays (Brésil, Colombie, Haïti, Pérou, Guyana, Venezuela, République dominicaine et Suriname) qui comptabilisent environ 98% des décès dus au paludisme estimés pour les Amériques (Cf. Figure III.10). Toutefois, les cas et décès ne résument pas tous les tenants et aboutissants de la situation : la comparaison des décès à la population à risque dans le temps montre une image différente pour le Brésil, qui a connu une baisse importante des taux de mortalité due au succès des programmes de lutte. Néanmoins, il reste important de fournir une assistance à tous les pays impaludés dans les Amériques, même si le fardeau varie. Les pays pour lesquels le fardeau est extrêmement lourd ont besoin d'attention et d'assistance, de même que les pays qui ont atteint le niveau de contrôle mais ont besoin d'aide pour le maintenir, sans oublier les pays qui poursuivent l'élimination et qui pourraient bénéficier d'une assistance technique et d'autres formes de support.

Figure III.10 : Répartition des décès dus au paludisme dans les Amériques

Répartition des décès dus au paludisme dans les Amériques

Source : Rapport mondial sur le paludisme 2008. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2008.

Pour atteindre les objectifs de 2010, plusieurs facteurs doivent être pris en compte.

En ce qui concerne les priorités au-delà de 2010, étant donné que de nombreux pays dans les Amériques ont fait des progrès significatifs concernant leurs programmes de contrôle, les principales priorités seront de soutenir la réduction de la morbidité et de mortalité. Pour les pays en phase de contrôle durable, sont aussi compris la poursuite du financement des programmes de contrôle, de la part des pays et des bailleurs de fonds extérieurs. Des programmes de S&E plus performants pour identifier plus rapidement les épidémies ainsi que les possibilités d'émergence de résistance doivent également constituer une part importante de la stratégie de ces pays. Le renforcement des capacités de gestion grâce à la formation et à l'attribution de plus grandes responsabilités aux responsables des programmes décentralisés garantira à ces pays une bonne préparation pour s'engager dans un programme d'élimination.

Les pays en phase de pré-élimination et d'élimination sont encouragés à tout faire pour ramener la transmission locale à zéro, entreprendre des recherches opérationnelles et partager les meilleures pratiques avec les pays de la région et en dehors. Ces pays auront sans doute besoin de mettre davantage l'accent sur la collaboration transfrontalière et la réduction au minimum de la transmission due aux populations en transit.

À ce jour, le Partenariat RBM n'a pas été activement engagé dans le soutien des pays ou des partenaires aux Amériques. Il pourrait vouloir établir un point focal agissant en tant qu'interface avec la région. Il pourrait jouer un rôle précieux en offrant des possibilités de partage et d'apprentissage des meilleures pratiques venant d'autres régions. Les réseaux actifs de coopération qui ont été lancés dans la région (comme par exemple le réseau de surveillance de la résistance aux médicaments) doivent être maintenus et renforcés.

Les partenaires RBM fourniront à tous les pays en phase de contrôle ou d'élimination le soutien général décrit dans la Section II : La stratégie mondiale. Plus précisément, le Brésil, la Colombie et Haïti, les pays ayant les taux de mortalité palustre les plus élevés, pourraient recevoir une assistance technique supplémentaire (p. ex. pour la planification, l'élaboration des propositions de financement, l'élimination des goulets d'étranglement, le renforcement des systèmes de S&E) afin d'atteindre les objectifs. Les pays qui sont plus axés sur le maintien des programmes de contrôle, comme le Brésil, doivent être assistés dans le maintien des acquis et dans la transition vers l'élimination éventuelle du paludisme, grâce à l'amélioration des systèmes d'information pour la gestion sanitaire (SIGS), des capacités de gestion, et de l'accès.

Besoins en financement : 83 millions de $US de déficit pour 2010

Comme l'illustre la Figure III.11, on estime que 178 millions de $US ont été décaissés pour les programmes contre le paludisme en 2007 dans les Amériques. Environ 91% de ces fonds proviennent de budgets nationaux, ce qui représente le taux le plus élevé pour l'ensemble des quatre régions. Les autres décaissements proviennent des bailleurs de fonds internationaux, principalement le Fonds mondial (environ 9%). Ce dernier a octroyé des subventions à hauteur de 90 millions de $US à 11 pays de la région, y compris une proposition multi-pays pour quatre pays andins. Les pays qui ont reçu le plus de subventions sont les pays andins (25 millions de $US), Haïti (14 millions de $US) et le Guatemala (14 millions de $US). Parmi les autres principaux bailleurs de fonds, on trouve l'USAID (8,8 millions de $US) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (13 millions de $US).

Figure III.11 : Déficit de financement pour la lutte contre le paludisme dans les Amériques

Déficit de financement pour la lutte contre le paludisme dans les Amériques

Remarque : voir les annexes pour la méthodologie utilisée pour estimer les coûts et le financement actuel
Source : GMAP costing model (OMS, GFATM, Banque mondiale, PMI)

Les Amériques représentent environ 4% de la population mondiale à risque et 4% du total des coûts d'intensification. Ce niveau relativement faible est dû à la forte proportion de la population exposée à un faible risque, ainsi qu'aux progrès importants accomplis à ce jour dans de nombreux pays. Environ 227 millions de $US sont nécessaires en 2009 et 261 millions de $US en 2010 pour intensifier les interventions préventives et curatives dans les Amériques pour atteindre les niveaux de couverture attendus (Cf. Tableau III.3). Par rapport aux niveaux actuels d'investissement, il existe un déficit de financement estimé à 83 millions de $US pour atteindre les besoins de 2010, ce qui constitue le plus petit déficit de financement de toutes les régions.

Tableau III.3 : Résumé des coûts annuels dans les Amériques


Catégorie de coûts (en millions de $ US) 2009 2010 2015 2020 2025
MILD/MII 66 66 46 49 1
PID 43 62 66 65 55
TPIp 0 0 0 0 0
Coûts de prévention 109 128 113 114 56
TDR 23 28 8 0 0
ACT 1 1 0 0 0
Chloroquine et primaquine 1 1 0 0 0
Prise en charge des cas sévères 0 0 0 0 0
Coûts de prise en charge des cas 24 30 9 0 0
Agents de santé communautaire 4 4 5 4 2
Formation 28 27 26 26 10
S&E et recherche opérationnelle 23 27 27 27 36
Renforcement infrastructures/inst. 39 45 46 47 17
Coûts de programme 94 103 104 104 64
Coût total du contrôle et de l'élimination 227 261 226 219 120

Remarque : les frais de diagnostic sont couverts à la fois par les TDR dans la prise en charge des cas et par la microscopie dans le renforcement infrastructures/institutionnel.
Source(s): GMAP costing model; Johns B. and Kiszewski A. et al